Conférence de Patricia Castet au Lions club Toulon-port-la-montagne à Toulon (83).
• Accéder au fichier PDF : La psychogénéalogie ou l’art de se libérer d’héritages obsolètes
La psychogénéalogie, au carrefour de la psychologie et de la généalogie, est un terme difficile à prononcer et, de ce fait, aussi quelque part à concevoir. Une pratique qui peut, de prime abord, surprendre, voire apparaître comme vaguement ésotérique.
La tentation : vu nos plannings chargés : se dire qu’on n’a pas le temps ni l’appétence de s’occuper d’un passé ancien et révolu.
Or, au contraire, aller à la rencontre de nos ancêtres, c’est aller à la rencontre de nous-même et des secrets de fabrication de notre personnalité.
Découvrir ce qu’ils ont vécu et qui a pu laisser des traces dans l’inconscient de notre famille, c’est aussi ce qui peut nous permettre, paradoxalement, d’être plus présents à nous-mêmes dans l’ici et maintenant.
C’est aussi un voyage dans le temps et dans l’espace, une aventure initiatique pleine de rebondissements.
Cette pratique est d’ailleurs en vogue car elle permet en comprenant mieux d’où l’on vient de savoir mieux où l’on va et répond à la quête de sens de nos contemporains.
En préalable, je me permets de me présenter brièvement et retracer, en quelques mots, le chemin qui m’a conduit à partir dans l’aventure transgénérationnelle à la fois à titre personnel puis professionnel.
Après des études littéraires et une école de presse, j’ai été journaliste et auteur à Paris pendant une vingtaine d’années avec comme sujet de prédilection : la psychologie.
J’ai travaillé notamment dans la presse féminine et pour le journal Psychologies Magazine.
Après un passage dans l’immobilier (personne n’est parfait !), je suis revenue à mes premières amours en devenant analyste transgénérationnelle certifiée par l’école Généapsy à Lyon au terme d’une formation de trois ans et après avoir écrit un article de recherche sur le syndrome du prince charmant dans les arbres généalogiques.
Petite anecdote amusante : j’ai appris, lors de mes recherches, que mon arrière grand-père paternel, figure emblématique, de notre famille a été journaliste puis… responsable du Cadastre à Casablanca. J’ai donc marché inconsciemment dans ses traces en pensant avoir choisi librement mes métiers.
Je suis aujourd’hui thérapeute et j’ai lancé une chaîne Youtube avec une autre thérapeute, Françoise Arnold intitulée « Les chroniques du transgé ».
MA RENCONTRE AVEC LA PSYCHOGENEALOGIE
Au début, j’ai été, comme un certain nombre de de mes congénères, biberonnée à la psychanalyse. J’ai suivi personnellement une psychothérapie analytique lacanienne pendant 7 ans. Lorsqu’on part à la découverte de soi-même, la psychanalyse reste, à mon sens, la voie royale
Mais je sentais que certaines choses résistaient avec parfois un sentiment d’étrangeté et des scénarios de vie récurrents.
D’où mon envie d’emprunter d’autres chemins de connaissance de soi à la recherche de nouveaux paysages intérieurs.
Ce qui m’a attirée vers cette démarche a été d’abord la curiosité. On part dans une enquête quasi journalistique dans des territoires du passé, à la fois historiques et géographiques en se réappropriant une histoire familiale enserrée dans la grande histoire.
Au fur et à mesure de l’avancée dans l’arbre, on découvre des lieux et des périodes qui ont marqué notre famille et qu’on appréhendera désormais autrement, non plus comme des lieux ou des dates neutres mais en étant conscients des liens qui se sont opérés avec eux dans le temps. Ils feront désormais sens.
On rencontre aussi des personnes, même si elles appartiennent au passé, qui enrichissent notre réseau psychoaffectif présent.
J’ai été mue également par l’envie d’avancer vers ce que le psychiatre Carl Gustav Jung appelle, le processus d’individuation qui est une sorte d’accouchement de soi-même.
En prenant conscience des influences qui ont contribué à produire notre réalité présente, je pense que nous pouvons devenir des acteurs de notre vie.
QU’EST-CE QUE LA PSYCHOGENEALOGIE ?
Le postulat de base :
– nous ne sommes pas un élément isolé avec une biographie étanche mais porteurs de l’histoire psychoaffective et émotionnelle de notre système familial.
– Nous faisons partie d’un réseau d’influences qui ont contribué à tisser notre personnalité et, en partie, notre destin. Nous sommes agis, parfois comme des marionnettes, par une antériorité du vécu.
– En d’autres termes, nous interprêtons parfois des scénarios conçus par d’autres : nous sommes programmés pour vivre autre chose que la vie que nous souhaitons mener.
– Par le jeu de la transmission d’inconscient à inconscient, nous avons reçu des ressources (celles qui ont permis de transmettre la vie quelles qu’aient été les conditions d’existence) mais aussi la trace d’anciens traumatismes non élaborés.
– La psychogénéalogie propose d’honorer ceux à qui on doit la vie tout en leur restituant les secrets, les schémas de pensée dans lesquels on ne se reconnaît plus aujourd’hui
– C’est donc bien à une quête d’émancipation dans le présent à laquelle cette approche nous convie.
UNE APPROCHE INITIEE PAR ANNE ANCELIN-SCHUTZENBERGER
– Cette approche a été introduite, en France, au début des années 80, par Anne Ancelin Schutzenberger, psychologue, professeur émérite à l’Université de Nice, avec son best-seller, «Aïe ! mes aïeux ! ».
– Cette dernière s’est fondée sur ses propres observations et sur des concepts issus de la psychanalyse, de la psychothérapie et de la systémique (l’étude du système).
– Cette pratique clinique a été théorisée par d’autres psychanalystes, tels Françoise Dolto ou Didier Dumas. Elle puise ses sources dans l’œuvre de Nicolas Abraham et de Mária Török.
POURQUOI S’INTERESSER AU PASSE ?
Un héritage matériel, une maison, de l’argent, on l’accepte volontiers même s’il peut arriver, à la marge, qu’on ne puisse pas payer les frais de succession.
Or nous récupérons également un héritage émotionnel dont nous avons parfois du mal à payer les frais de succession psychologiques.
Nos ancêtres ont survécu aux guerres, aux famines, aux maladies pour nous donner ce bien précieux qu’est la vie.
Du coup, notre arbre nous a inculqué un mode d’emploi de la vie valable, par exemple, en 1870 pour une jeune fille de la bourgeoisie ou un soldat parti à la guerre en 1914 mais pas forcément utilisable en 2024.
Les situations auxquelles nos ancêtres nous ont préparés ne sont plus et heureusement d’actualité.
Or, l’inconscient ignore le temps.
Certains mots d’ordre de notre arbre sont toujours actifs.
Ces héritages psychiques s’avèrent donc souvent encombrants, obsolètes, inappropriés, contreproductifs car non adaptés à notre personnalité et notre réalité d’aujourd’hui. Ce sont des chaînes invisibles.
La psychogénéalogie va nous aider à prendre conscience du roman familial composé des croyances, des modèles de comportements, de la façon d’être au monde, issues des expériences passées de nos ancêtres.
Elle peut être intéressante pour régler des problématiques (troubles du sommeil, anxiété, douleurs inexpliquées, blocages, scénarios répétitifs de vie, etc.) issus de ces héritages qui sont parfois comme des greffes mal supportées et qui résistent aux explications rationnelles habituelles.
Y A-T-IL DES PREUVES SCIENTIFIQUES DE CETTE TRANSMISSION ?
Comment expliquer que des personnes que nous ne connaissons pas aient une influence sur nos vies présentes ?
Les découvertes en épigénétique ont permis de consolider ces thèses sur des bases scientifiques.
Pour rappel, l’épigénétique est l’étude des changements dans l’activité des gènes, n’impliquant pas de modification de la séquence d’ADN et pouvant être transmis lors des divisions cellulaires.
On a longtemps cru que le patrimoine génétique était une sorte de disque dur de l’hérédité, insensible à toute influence environnementale.
Or depuis la fin du XXe siècle, on a constaté que les gènes peuvent être activés ou désactivés selon des facteurs externes.
On a observé que sur des populations touchées par des guerres, on retrouve, chez les descendants, plus de maladies psychiques et somatiques que dans un échantillon de population classique.
Et cette expérience de la vie peut être transmise d’une génération à l’autre via ces changements d’expression des gènes, ou modifications épigénétiques.
Des souris exposées à des odeurs associées à un danger transmettent à leur descendance la crainte de ces odeurs.
Certaines de ces marques épigénétiques permettraient à l’individu de s’adapter à son environnement, mais elles peuvent se révéler délétères.
Lors de la famine de l’hiver 1944 – 1945 en Hollande, les enfants exposés à cette famine in utero ont révélé, 60 ans plus tard, un risque accru de maladies cardiovasculaires et de troubles diabétiques en lien avec des profils épigénétiques spécifiques.
Ces marques épigénétiques auraient permis un meilleur stockage énergétique pour survivre dans cette situation de famine, mais se sont révélées finalement nocives car l’environnement alimentaire de leur vie adulte s’était enrichi.
(Slide no 4 : les découvertes de l’épigénétique)
LE SYSTEME DE DEFENSE DU CERVEAU
Pour rappel : le cerveau est composé de trois parties : le cerveau reptilien (siège des besoins élémentaires, de l’instinct de survie), le cerveau limbique (siège des émotions) et le cortex cérébral (qui assure notamment la fonction du raisonnement).
En cas de trauma, l’organisme fonctionne comme un tableau électrique : pour éviter de griller sous l’afflux d’adrénaline et de cortisol, le cerveau disjoncte(court-circuit).
C’est un mécanisme de secours et sous l’effet de la sidération,la trace mnésique de l’événement est stocké à part, dans une sorte de coffre-fort.
L’avantage est de pouvoir survivre à l’événement mais le souvenir associé aux émotions reste présent même s’il est caché.
Le problème est que la personne est anesthésiée et ne possède plus son système de défense habituel. Elle aura tendance à supporter des abus sans réagir ou se sentira vide, comme en exil.
Cette charge émotionnelle pourra, de plus, se réactiver à l’occasion d’autres événéments qui feront caisse de résonance et envahira la personne qui ne comprendra pas pourquoi elle surréagit à un nouveau trauma.
Corynne Ben Mamou, docteur en neurobiologie explique que lorsqu’il y a eu trauma, le système nerveux est configuré pour être en hyper vigilance (ce qu’on appelle le stress post-traumatique) et qu’il continue à fonctionner après, même si l’événement à l’origine de ce mode de fonctionnement n’existe plus depuis longtemps.
COMMENT NOS ANCETRES, MEME MORTS,
SONT-ILS ENCORE VIVANTS EN NOUS ?
Les événements traumatiques non métabolisés sont donc stockés et transmis aux descendants chargés de les traiter à leur façon.
– Les non-dits continueraient d’œuvrer dans le psychisme des descendants et se manifester tant qu’ils n’ont pas trouvé le moyen de se les représenter de façon juste.
Il y a deux écoles pour le mode de transmission : certains, comme Serge Tisseron, pensent qu’il faut un tiers transmetteur qui par ses mimiques, ses silences, ses expressions, son langage corporel va faire passer le message. D’autres, comme Abraham et Torok considèrent qu’il y a transmission de pensée d’un contenu psychique d’une génération à l’autre sans transmetteur.
(slide no 5 : leur vécu nous concerne aujourd’hui
Les domaines dans lesquels la psychogénéalogie peut apporter un éclairage sont notamment :
– La conjugalité
– La sexualité
– La filiation
– Le travail, l’argent
UN JEU DE PISTE SUR LA TRACE DES LEGS
Comment savoir ce qui nous impacte personnellement ? On ne reçoit pas une lettre de notre aïeule qui nous informe de notre héritage émotionnel.
A partir des sujets qui nous impactent aujourd’hui, on va remonter le temps pour identifier les événements potentiellement à l’origine de nos perturbations.
Les symptômes sont l’expression d’une mémoire qui n’a pas été entendue, ils racontent une histoire secrète, ils sont un langage crypté, un véritable fil d’Ariane qu’il faut pouvoir patiemment tirer.
Certains troubles du comportement notamment du spectre de l’autisme, la bipolarité, etc. peuvent être éclairés par cette approche même s’il faut faire preuve, en la matière, de prudence et de circonspection.
Le psychanalyste Bruno Clavier a étudié ces problématiques chez l’enfant notamment atteints d’un spectre de l’autisme.
“ Les autistes sont, à mon sens, porteurs des traumas de leurs parents ou de leurs ancêtres, ou des deux. Et mon expérience avec les enfants gravement atteints psychiquement m’a montré qu’il fallait parfois en trouver l’origine à plus de trois générations antérieures », écrit-il.
Les résultats chez les enfants peuvent être, en effet, spectaculaires car ils sont jusqu’à quatre ans, dans ce qu’on appelle l’originaire, hors temps et hors espace. Francoise Dolto a écrit que tous les enfants étaient télépathes. Ils ne portent pas encore le poids de leur propre biographie.
LA QUETE ET L’ENQUETE
Ensuite on va établir une quête et poser une question à son arbre dans un domaine x ou y : qu’est-ce qui nous soucie, qui fait blocage aujourd’hui et que l’on voudrait améliorer dans sa vie ?
En analyse transgénérationnelle, on travaille avec ce que l’on sait mais aussi ce que l’on ne sait pas même s’il faut faire preuve de prudence et n’avancer que par hypothèses.
– L’intergénérationnel
– Ce que l’on sait ou croit savoir sur notre famille représente la partie émergée de l’iceberg. A noter : en se mettant en mouvement, cela fait bouger des lignes et souvent, via un cousin ou une tante, des révélations viennent à vous sur les caractères, les accidents de vie, des anecdotes.
– Les livrets de famille, les photos, les lettres seront également précieux.
– Les recherches généalogiques
– Il s’agit de ce que l’on va récolter grâce notamment aux archives départementales. De nombreux sites internet de mutualisation des informations sont à notre disposition comme Geneanet ou Filae.
– Le génosociogramme
– En séance, le consultant dessine une représentation de son arbre généalogique avec les personnes, les dates, les métiers, les liens entre les personnes.
– Les oublis et erreurs seront tout aussi intéressantes car elles pourront peut-être nous mener sur la trace de secrets de famille.
LES SECRETS DE FABRICATION DES… SECRET DE FAMILLE
Les secrets de famille :
Le job de la famille est de transmettre mais certains héritages sont inaccessibles car liés à des traumas suivis de non-dits. Ils concernent principalement :
– l’identité et les origines
– les violences et abus intrafamiliaux
– une atteinte au mythe social (faillites, dettes)
– des conduites déviantes, délinquance
– addictions : alcoolisme, toxicomanie, suicides
Comment se fabrique le secret transgénérationnel ?
La première génération vit un traumatisme et refuse d’en parler parce que c’est trop douloureux ou pour maintenir une façade sociale .
La deuxième génération sait vaguement qu’il s’est passé quelque chose, sans vraiment savoir ce dont il s’agit. Elle n’a pas les mots pour en parler. Elle déborde d’imagination à ce sujet.
Et c’est à la troisième génération que le secret devient toxique
Exemple : une grand-mère a perdu son enfant pendant la guerre et ne s’est pas senti le droit d’exprimer sa tristesse alors que les hommes étaient au front. Personne, du coup, n’a osé en parler dans son entourage.
A la génération suivante, on continuera à taire la perte de cet enfant.
A la génération d’après, on continuera à taire ce sujet sans savoir pourquoi et une jeune femme souffrira, par exemple, d’une stérilité inexpliquée.
Le secret, enfermé dans un caveau secret, continue à être agissant et se transforme en fantôme qui hante les descendants.
Les conséquences sur les descendants n’ont pas tant trait à l’événement lui-même qu’au mystère qui l’entoure, ce qui rend la communication ambivalente et contradictoire.
Cela peut engendrer une perte de confiance en soi car le descendant ne peut pas se fier à son ressenti : il sait qu’on lui cache quelque chose car le secret suinte mais qu’il ne doit pas le découvrir.
PARTONS A L’AGENTURE TRANSGERATIONNELLE
SUR LES TRACES DE TINTIN
Les secrets de famille peuvent alimenter des pratiques créatrices, d’après Serge Tisseron. Hergé, le créateur de Tintin, a ainsi organisé les aventures de ses héros comme le récit crypté d’un secret familial indicible vécu par sa grand-mère paternelle.
Celle-ci, simple servante à la fin du siècle dernier, s’était trouvée enceinte d’un personnage que la tradition familiale présentait comme prestigieux (et qui pourrait avoir été le roi des Belges lui-même, Leopold II connu pour sa vie libertine et ses nombreux bâtards). Elle avait accouché de jumeaux pris en charge par une mystérieuse comtesse à la condition que le secret de l’origine des enfants ne soit pas révélé.
Dans l’oeuvre d’Hergé, chacun des héros représente une génération de ce secret :
– la Castafiore incarne à la fois la grand-mère énigmatique gardienne du secret du patronyme des jumeaux (elle parle sans arrêt pour ne rien dire et s’avère incapable de prononcer correctement le nom de Haddock) et la comtesse aux manières de grande dame.
– Les Dupondt incarnent les jumeaux aux prises avec la défaillance symbolique inscrite dans leur patronyme (leur père s’appelait-il Dupont Dupond ou Dupondt ?)
– Enfin, Tintin, Haddock et Tournesol incarnent trois attitudes possibles face à un secret en troisième génération :
– la curiosité et l’aptitude au déchiffrement des énigmes pour Tintin,
– le désespoir, l’alcoolisme et la quête généalogique à l’aveugle (à la recherche de son ancêtre, le chevalier de Hadoque) chez le capitaine,
– et l’hypertrophie de l’esprit scientifique mais coupé du monde, chez Tournesol (la recherche scientifique est en effet le seul domaine dans lequel la quête de la vérité est non seulement un droit mais aussi un devoir).
LES INDICES
La psychogénéalogie propose d’emprunter la voie de l’explorateur qui va découvrir des déclinaisons de ces secrets qui sont inscrits dans des messages codés de l’arbre.
Les signifiants
(prépondérance du signifiant sur le signifié d’après Lacan)
Les répétitions de dates
Les dates de conception, de naissance, de décès, etc sont des marqueurs des liens entre les personnes.
Les répétitions de prénoms.
Les prénoms, par leur signification, leur phonétique, leur lien avec les saints sont une indication des missions données à chacun.
Le syndrome d’anniversaire
Dans les mêmes circonstances, des événements comparables vont se reproduire comme une commémoration du fait originel.
LES SIGNIFIES
Les loyautés invisibles (
Notre système est doté d’une comptabilité familiale (le grand livre de comptes).
Dans cette perspective, les missions inachevées de nos ancêtres vont devoir être assumées par les descendants, les dettes dûment réglées.
Le syndrome du prince charmant
Les hommes ont souvent brillé par leur absence du fait des conditions économiques, des guerres mais aussi d’une absence psychique. Ils avaient un défouloir (le café ou la maison close) tandis que les femmes, confinées, n’avaient que leur imagination pour compenser leurs frustrations. D’où la naissance du prince charmant.
Les deuils gelés
Certaines morts inacceptables et inacceptées n’ont pas été suivies d’un travail de deuil par manque de temps, de mots pour exprimer son ressenti, par honte.
Elles ont produit des fantômes (des émotions parasites) dans l’arbre.
Pour compenser cette perte, les descendants vivent parfois une vie qui ne leur appartient pas ou ne s’autorisent pas à vivre tout simplement (dépression, idées noires, faiblesse de caractère). A un certain stade de dépossession de soi, on parle de gisants.
Les enfants célèbres) de remplacement
Les enfants de remplacement sont des enfants nés peu après le décès d’un aîné et/ou portant le même prénom.
Ils sont chargés de remplacer le frère ou la sœur décédé prématurément.
Parmi les exemples célèbres : Vincent Van Gogh, né un an jour pour jour après un autre Vincent décédé et qui n’a pas survécu à la naissance d’un nouveau Vincent dans la génération d’après.
DIRECTION LIBERTE D’ETRE SOI-MEME
Pour sortir de ce labyrinthe des répétitions sans fin :
• Prise de conscience de ce qui s’est passé, des personnes et des événements avec lesquels on est en lien (nos dossiers)
• Acceptation de notre legs
• Remise en mouvement des émotions bloquées par le biais de techniques diverses (hypnose, rêves éveillés, cartes symboliques, etc.)
• Rituel d’apaisement
LES CONSTELLATIONS FAMILIALES : UN OUTIL « MAGIQUE » ?
Ces jeux de rôles initiés par le psychothérapeute allemand Bert Hellinger, mettent à jour l’inconscient familial et les conflits, blocages, secrets qui vont avec, dans un espace thérapeutique collectif.
Cette méthode systémique peut agir puissamment pour libérer toute personne en quête de retrouver une place plus juste dans sa famille.
Lorsqu’ils sont mis en scène par le biais de représentants des membres familiaux, les modes relationnels dysfonctionnels apparaissent plus clairement. Les liens peuvent alors être dénoués, renoués ou assainis. Le(s) membre(s) exclu(s) ou spoliateur(s) peuvent ainsi reprendre leur place, rendant au groupe son équilibre et son intégrité.
Les retours d’expérience sont souvent étonnants et peuvent provoquer des changements rapides dans la vie des consultants même s’il vaut mieux avoir effectué un travail préalable pour s’y préparer.
COMMENT REINVENTER SA PROPRE VIE EN 2024
Comment se libérer de ces héritages ?
Tout d’abord, paradoxalement, en les acceptant. Ils ont eu une fonction d’adaptation et c’est un passage de relais émouvant. Ces legs, même inconfortables, nous obligent à grandir et nous s’enrichir des expériences du passé.
On va retraverser, en sécurité, avec l’aide du thérapeute, ce qui a été vécu mais pas éprouvé et considérer les symptômes comme des alliés à entendre et pas des ennemis à combattre.
On retourne chercher la valise oubliée à la gare, on l’ouvre, on nettoie ce qui doit l’être, on récupère ce qui est utile et on évacue, en douceur, le reste.
En fait, découvrir son arbre est une sorte de retour vers le futur, pleine de rebondissements. Comme dans le film, en repartant dans le passé, on peut modifier notre présent et notre futur.
On se libèrera en prenant conscience de ce qui a été vécu dont nous portions la mémoire sans la savoir, en mettant en mots, en retrouvant les émotions puis, si on le souhaite, en accomplissant un acte symbolique.
Pour reprendre l’exemple de la jeune femme qui souffre d’une stérilité inexpliquée, on pourra lui proposer, par exemple, de mettre, dans une boîte,une lettre à cet enfant mort dont le deuil n’a pas été fait par sa grand-mère et de l’enterrer puis de planter un lilas.
Certes, comme dans toute aventure, on traversera des déserts et des moments de doute et une forme de culpabilité à découvrir certains secrets comme si on faisait effraction dans une intimité qui ne nous appartient pas.
En fait, si on exclut tout jugement hors contexte, on prendra conscience qu’au contraire, on apporte de l’attention et du soin à son arbre en redécouvrant les noms et la vie de personnes qui ont sombré dans l’oubli
Et l’aventure ne sera jamais terminée. Dès qu’on a élucidé un dossier, un autre s’ouvre.
Mais on aura atteint une nouvelle version de soi-même, enrichie de la prise de conscience des enjeux de notre système et, en même temps, plus en phase avec notre identité profonde et nos propres désirs.
Libérer notre futur en lien avec la douleur de notre passé : un beau cadeau que nous pouvons faire aussi à nos descendants.